LA FERME AUX MILLE PROJETS

par Environnement0 commentaires

Photos Philippe ROMAN

L’HISTOIRE

« …et à ce moment-là j’ai une vision… »

D’un côté, à perte de vue, quelques baobabs et buissons isolés, de l’autre, la biodiversité de la ferme Beer Sheba (puits de la guérison). Nous découvrons ce paysage du haut du château d’eau, tandis que le pasteur Éric Toumieux se présente.

Installé au Sénégal depuis une vingtaine d’années, Éric, tout en se consacrant à son travail pastoral, constate un  manque d’intérêt pour l’environnement. 

Il a alors envie de créer un endroit où on puisse donner du travail, faire de la formation. Quand, en 2002, il découvre un immense terrain complètement désolé, il imagine ce que cet endroit pourrait devenir.

Éric, l’initiateur de Beer Sheba

D’après les gens du village, cette terre est maudite , tous les projets y ont échoué. Pourtant, Éric et son neveu ont envie d’essayer, et après de longues négociations, une convention est signée, dans laquelle ils s’engagent à employer majoritairement les habitants des villages dans leurs projets, et ils obtiennent cent hectares.

Un véritable défi débute alors : construction d’une clôture de 4,5 kilomètres, utilisation de la technique de Régénération Naturelle Assistée (RNA), mise en place de cordons pierreux pour que l’eau de l’hivernage puisse s’infiltrer… Et six ans plus tard le résultat est extraordinaire : plus de 100 000 arbres (parmi lesquelles les acacias Sénégal et autres variétés indigènes) forment un véritable sanctuaire pour une centaine d’espèces d’oiseaux.

Au sommet du château d’eau

Le paysage avant Beer Sheba

Beer Sheba aujourd’hui

L’EAU

« …Dieu te donnera les richesses d’en haut…aussi l’eau des abysses. »

Nous sommes en 2009, Éric fait alors appel à Claudio pour concrétiser son projet de forage.

Après les premières analyses, le diagnostic tombe : il n’y pas d’eau !

Un temps découragé, mais vite réconforté par la lecture d’un verset de la bible, le pasteur pousse pourtant Claudio à se remettre au travail… jusqu’à ce que, 106 mètres plus bas, l’eau jaillisse enfin.
Cette eau est  distribuée dans les villages voisins. Certains pourront bientôt profiter davantage de ce projet social, puisque des robinets vont être installés dans les maisons.

LE POSTE DE SANTÉ

Descendons de notre observatoire et débutons la visite par le poste de santé.

Le poste de santé

Fatou, l’infirmière

Mansour, l’infirmier principal

La dizaine de villages aux alentours représente environ 3000 personnes, qui sont parfois obligées de se rendre à Sandiara pour se faire soigner. L’infirmerie de Beer Sheba est donc la bienvenue : elle traite plus de 200 malades par semaine en attachant une importance particulière à l’accueil.

Une aide spécifique est aussi apportée aux mamans, souvent démunies face aux maladies infantiles.

Les besoins sont nombreux et le centre de santé sera bientôt doté d’un pôle gynécologie, d’un laboratoire et d’un cabinet de psychologie :

« …il y a énormément de gens qui souffrent, qui ont des blessures de l’âme, les gens ont besoin de parler… »

La ferme fonctionne comme une entreprise sociale et solidaire : le but est que ses cinquante employés perçoivent un bon salaire, et que les habitants paient les soins moins chers qu’ailleurs, tout en tenant financièrement.

L’équation n’est pas simple mais, concernant les médicaments, des solutions douces, comme par exemple le moringa parviennent parfois à remplacer efficacement des remèdes plus chers prescrits habituellement. Cette plante qui contient une quantité incroyable de vitamines et de minéraux est employée en particulier pour les enfants malnutris. La poudre, fabriquée à partir des feuilles séchées, et l’huile extraite des graines possèdent de multiples propriétés.

L’ÉLEVAGE

Dirigeons-nous maintenant vers les zones d’élevage.

Les poulets sont élevés sur sol vivant, c’est la technique du KNF (Korean Natural Farming) visant à reproduire le mieux possible un système forestier. Une couche de 50 centimètres de coques d’arachides et de déchets végétaux remplace le ciment. Le principe consiste à charger ce sol de bonnes bactéries, ce qui fait que, rapidement les déjections des poulets sont compostées.

Mais oui, nous sommes bien dans une porcherie…et pas d’odeur pestilentielle !
Une couche de 80 centimètres de déchets végétaux, de paille broyée, permet aux cochons de se livrer à leur activité favorite : fouiner le sol. Nous avons donc devant nous des cochons heureux car l’équipe veille également à ne pas séparer les familles.

« …comment grandir en restant nous-mêmes… »

Encore une équation délicate, puisque, les produits de la ferme étant très appréciés, la demande augmente régulièrement. La production hebdomadaire actuelle est de 300 à 400 poulets, 2 porcs, et un bœuf. Le challenge consiste donc à se développer sans renier la qualité.

Augustin, le coach des volailles

LA PERMACULTURE

Partons désormais à la découverte de la permaculture.

« …l’idée, c’est d’aller plus loin que l’agriculture biologique… »

La permaculture c’est la recherche d’un équilibre ;

  • L’association, la rotation de cultures ;
  • La culture sur trois dimensions ;
  • Le mélange de plantes vivaces et annuelles ;
  • La présence d’arbres fruitiers.

Le permaculteur ne se demande pas le matin quels insectes il va tuer, mais comment attirer davantage de pollinisateurs. L’utilisation de produits chimiques étant totalement exclue, le sol ne s’appauvrit pas, au contraire il s’enrichit.

L’industrie agroalimentaire, qui sature les terres en produits chimiques, laisse entendre que, sans elle le monde mourrait de faim. Or, la nourriture consommée au niveau mondial est, à 70 %, produite dans des fermes familiales. Il est beaucoup plus facile, à une petite échelle de prendre soin du sol. Il est donc grand temps d’encourager ces fermes !

Dans ces jardins dédiés à la permaculture, nous découvrons, entre les papayers et les jujubiers, le pois d’Angole (légumineuse très intéressante car elle enrichit le sol).

LE MORINGA

Et voilà le moringa aux multiples vertus ! Une des plantes les plus riches en nutriments !

Cultivés de façon intensive, les 400 pieds, qui demandent 150 litres d’eau par jour, et peuvent atteindre trois mètres de haut, donnent jusqu’à 7 récoltes dans l’année.

Son huile délicieuse peut assaisonner les salades, mais elle est essentiellement utilisée dans les produits cosmétiques (une des huiles de beauté les plus consommées en France est constituée à 50% d’huile de moringa).

Dans les séchoirs solaires, la circulation de l’air permet de sécher rapidement les feuilles disposées sur des plateaux. Elles seront ensuite transformées en tisane, poudre ou gélule (l’avantage de la gélule étant qu’elle se dissout directement dans le côlon).

Séchoir solaire

L’ÉCOLE

Poursuivons la visite avec Ferdinand qui nous présente sa petite école.

Elle accueille les enfants du personnel et des villages voisins.

Pour une mensualité de 1000 FCFA, ces 26 élèves de 3 à 6 ans mangent également à l’école.

Salle de classe

Ferdinand, l’instituteur

LE PROGRAMME DE FORMATION

La ferme Beersheba accueille régulièrement des stagiaires, originaires du Sénégal et de quelques autres pays d’Afrique. Les étudiants reçoivent pendant 4 mois, une formation complète : gestion, informatique, entreprenariat, production agricole bio, élevage bio.

En fin de stage, un certificat leur est remis, qui leur permet de trouver facilement du travail. Ils ont, s’ils le veulent, la possibilité de fonder leur entreprise mais 50% d’entre eux préfèrent un emploi salarié : certains dirigent des fermes agroécologiques, d’autres obtiennent des postes à un niveau de supervision dans des poulaillers par exemple.

LE REPAS

La visite s’achève par une dégustation des produits de la ferme : crudités, grillades, papaye et jus de moringa maison.

Sur le lieu de restauration, un stand de vente a été installé pour l’occasion.

LES PROJETS ET PARTENARIATS

Les aides

Le projet Beer Sheba est soutenu par de nombreuses églises, et en particulier par celle d’Eric : la Porte Ouverte Chrétienne de Mulhouse, qui vient d’octroyer très généreusement 20 000 euros, pour une aide alimentaire dans les villages avoisinants. Cette somme a aussi permis la fabrication et la distribution de masques à toute la population.

La Bourse du Samaritain, ONG canadienne, a quant à elle, décidé de faire de Beer Sheba, un de ses principaux projets en aidant, entre autre, à la construction des premières salles de classe.

Un partenariat existe également avec la commune de Sandiara, notamment au niveau de la formation.

La coopération allemande a participé à l’installation du pompage solaire, et récemment l’ambassade de France a financé le projet « permaculture avec les femmes de la communauté de Beer Sheba », grâce auquel chacune d’entre elles va pouvoir cultiver sa propre parcelle.

…et les difficultés

Faire de l’agriculture biologique au milieu de la forêt est très compliqué ! Il faut sans cesse trouver des solutions pour lutter contre les parasites et autres attaques dues à ce choix.

Les protestants sont une minorité religieuse, et comme toutes les minorités ils sont vus avec une certaine suspicion. Même si au Sénégal l’église protestante a une très bonne réputation, l’association rencontre encore des difficultés, face à certains interlocuteurs, qui, par exemple, peuvent s’interroger sur le fait qu’il s’agisse d’une association religieuse.

« …nous sommes une association tout à fait normale, mais nous sommes des chrétiens engagés…nous vivons notre foi dans la solidarité… »

Les projets

Comme toutes les associations, Beer Sheba court derrière l’argent, mais malgré tous les obstacles rencontrés, Éric continue à œuvrer avec passion, et les projets ne manquent pas :

 

  • Nous avons parlé plus haut, de l’extension du pôle santé…
  • Dans le but de créer une race qui soit à la fois locale et productive, un second poulailler destiné à la recherche est en cours d’aménagement ;
  • Deux appartements sont en construction pour les responsables de la permaculture et des poulaillers. Le matériau utilisé est le géobéton (latérite, eau, sable et 7% de ciment). Les briques sont compressées dans une machine fabriquée en Afrique du Sud et s’emboîtent comme un légo ;
  • L’école envisage d’accueillir les élèves jusqu’au CM2 et un espace devrait y être aménagé, de façon à ce que chaque enfant cultive son jardin ;
  • Le bassin de rétention pourrait prochainement permettre la mise en place d’une formation à la pisciculture.

Appartements en construction

Briques en géobéton

Le bassin de rétention d’eau

Nous reviendrons à coup sûr avec intérêt à la ferme

Beer Sheba, pour découvrir l’avancée de ses mille projets !

 

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